bouton patients
 
 

Ostéopathie : les usagers montent au créneau !
Interview de Pierre-Yves Maignan, président du M.I.L.C.T. (Mouvement international pour le libre choix thérapeutique)
par Guy Roulier D.O.


 

Entre les Ostéopathes et le MILCT, s'est établi, depuis 25 ans une dynamique au seul service de la santé publique. Pionnier, apôtre d'une liberté éclairée et de responsabilité en matière de santé, avant-gardiste, progressiste et indépendant, le MILCT a été de toutes les batailles, de toutes les grandes manifestations de l'ostéopathie, aussi bien nationales qu'européennes.

Guy ROULIER : Pierre-Yves Maignan, vous avez souhaité vous exprimer et c'est avec plaisir que nous vous donnons la parole, connaissant votre attachement à la défense de la santé. Pour commencer, que pensez-vous de l'événement que constitue le premier Congrès du Woho à Paris ?

Pierre-Yves Maignan : Tout d'abord, je suis heureux que le premier congrès mondial des Ostéopathes du WOHO se soit tenu à PARIS, car il est intéressant de rappeler que c'est en France que ce grand mouvement d'origine américaine a véritablement redémarré dans les années 1970, (après une première implantation en Grande-Bretagne), pour rayonner ensuite dans toute l'Europe continentale. Les comptes-rendus que j'en ai lus laissent présager un avenir serein pour cette discipline d'utilité publique, à condition de coller à la réalité sanitaire et sociale, non seulement en France et dans le monde développé mais aussi dans les pays en voie de développement.

G.R. : Avant toute chose, pour rafraîchir les mémoires et informer les jeunes Ostéopathes qui ont besoin de mieux connaître les super motivations à la cause ostéopathique de leurs aînés, pouvez-vous nous rappeler succinctement, le chemin parcouru par votre association vers la reconnaissance des ostéopathes ?

Pierre-Yves Maignan : Le MILCT était déjà sur le terrain, aux côtés des Ostéopathes à l'époque où la ministre de la Santé Georgina Dufoix s'apprêtait à légiférer pour la reconnaissance de certaines "médecines différentes". Il était encore là, à leurs côtés, depuis 1993, tout au long des travaux préparatoires de la Commission Santé, environnement et protection des consommateurs, menés par le député européen Paul LANNOYE. Il était toujours là, au Parlement européen le 29 mai 1997, jour du vote historique de la "Résolution pour la reconnaissance des médecines non-conventionnelles "LANNOYE-COLLINS, qui ouvrait la voie de la reconnaissance pour les Ostéopathes d'Europe et d'autres professions de santé en quête de légalisation. Sur le plan national, depuis 1997, le MILCT, plus que tout autre association, a participé activement à l'information des responsables politiques, des élus, afin que les consommateurs soient impliqués dans le processus de reconnaissance de l'ostéopathie par la France. La loi Droit des malades, votée à la quasi-unanimité des députés et sénateurs de gauche comme de droite a été le couronnement de 20 ans d'efforts constants. Il restait à concrétiser par une réglementation conciliant la qualité des soins, la protection des malades, le sérieux des études, les obligations sociales et l'intérêt des professionnels de haut niveau de compétence et de responsabilité. C'est pourquoi le MILCT a été de toutes les réunions (Etats Généraux), signataire de la constitution de la Coordination Nationale des Ostéopathes, témoin de sa transformation en Chambre Nationale des Ostéopathes et de la rédaction de sa Charte de qualité des soins.

G.R. : Depuis, quelles ont été les priorités du MILCT en matière d'ostéopathie ?

Pierre-Yves Maignan : le MILCT est resté discret depuis la loi Droits des malades, laissant aux professionnels ostéopathes le soin de s'organiser pour présenter des projets cohérents et consensuels. Bien entendu, entre temps, nous avons suivi toutes les péripéties sur le sujet et c'est justement suite à l'intervention de Maître Isabelle ROBARD "Le poing sur la table" parue sur les sites osteopathie-france.net et cnosteo.com, que le MILCT a souhaité s'exprimer. En effet, selon nous, la réglementation tardant à être rédigée, il y a état d'urgence pour la santé publique, pour les consommateurs que nous sommes et pour les Ostéopathes qui, confortés par la loi Droits des malades ont tendance, à quelques exceptions près, à se désunir au lieu de se rassembler et de créer un mouvement unitaire.

G.R. : Quels sujets vous paraissent suffisamment préoccupants et urgents pour justifier votre intervention ?

Pierre-Yves Maignan : Au risque de me répéter, après avoir lu les différents articles récents sur les sites destinés aux professionnels et aux usagers de l'ostéopathie, je considère que l'histoire de l'ostéopathie a malheureusement trop souvent été jalonnée de dissensions, de querelles, d'intérêts contradictoires qui n'ont pas encore suffi à servir de leçon à certains dirigeants qui foncent une fois de plus droit dans le mur en entraînant avec eux leurs adhérents. Mais je garde espoir car il paraît que du chaos naît la lumière... !

G.R. : Vous me semblez bien sévère, car je pense que chacun agit avec ses convictions et dans le sens de l'intérêt général, même si quelques divergences apparaissent sur des sujets techniques. Où voulez-vous en venir ?

Pierre-Yves Maignan : J'en viens à l'essentiel. Il me semble que certains groupes d'Ostéopathes sont obnubilés par la formation, en faisant abstraction de tout l'aspect économique et social de l'ostéopathie. Si bien que même l'aspect de la régulation du flux des Ostéopathes sur le marché du travail est passé sous silence. Aujourd'hui, on ne peut ignorer que certains Ostéopathes sortis de formation initiale (après le bac) ont du mal à joindre les deux bouts. Cette question mérite que l'on s'y attarde... Autre exemple : Qui s'occupe de l'assurance Responsabilité Civile professionnelle obligatoire et fondamentale pour la protection des consommateurs ? Certains traitent même cette question importante avec légèreté alors que l'absence d'assurance constitue un délit depuis le 28 mars 2003 ! A ma connaissance, très peu de groupes professionnels travaillent assidûment sur ces sujets. Vous pouvez vous reporter à l'historique pour vous en rendre compte.

G.R. : Mais nous avions déjà alerté les responsables des associations participant à la Coordination nationale dès 2003 ! En 2004, à la Chambre, nous avons véritablement mis un coup de pied dans la fourmilière pour que ça bouge et cela a bougé ! Que pouvions-nous faire de plus ?

Pierre-Yves Maignan : Oui, je sais que certains ont agi avec beaucoup de professionnalisme et se font conseiller par des spécialistes reconnus pour leur compétence et leur clairvoyance, mais je constate que d'autres occultent complètement des réalités inhérentes à la sécurité des patients et mettent ainsi en péril toute la profession d'Ostéopathe. Prenons l'exemple du problème de l'assurance Responsabilité civile professionnelle médicale. Il n'est pas concevable que certains ignorent la loi ! Relisez bien ce qu'en dit Maître Robard dans son article : "l'assurance est obligatoire pour tous ceux qui défendent une profession de santé ostéopathe". C'est pour tous les Ostéopathes une véritable reconnaissance qu'un grand groupe d'assurances accepte de les assurer s'ils respectent la Charte de qualité des soins ostéopathiques à l'élaboration de laquelle le MILCT a été associé. C'est une avancée fondamentale et les Ostéopathes en portent la responsabilité dans la mesure où d'autres médecines non conventionnelles attendent de pouvoir bénéficier de ce système d'assurances. C'est un grand espoir pour les médecines non - conventionnelles que les Ostéopathes ne doivent pas perdre de vue.

G.R. : En tant qu'usager et utilisateur des soins ostéopathiques, avez - vous un avis sur la T.V.A. ?

Pierre-Yves Maignan : Bien sûr et il est circonstancié car je suis ce dossier depuis le tout début. Je ne comprends pas cette question de T.V.A. qui revient sans cesse dans le milieu de l'ostéopathie ? En France, nous sommes surtaxés, pour quelles raisons les Ostéopathes se transformeraient-ils en collecteurs d'impôts ? Pourquoi les patients paieraient-ils une T.V.A. sur des soins médicaux ? Je ne comprends pas cette question récurrente ? Et ce, d'autant plus qu'il existe maintenant un texte européen et une loi française qui exonèrent les soins médicaux et paramédicaux ! Tout ceci me paraît extrêmement clair ! J'en profite d'ailleurs pour rendre hommage et remercier les Ostéopathes qui se sont battus depuis plus de 20 ans pour que la T.V.A. ne soit pas appliquée aux soins ostéopathiques.

G.R. : J'en témoigne et vous en remercie. Pourquoi, à votre avis les soins à la personne doivent-ils être exonérés de T.V.A. en Europe ?

Pierre-Yves Maignan : Comme je viens de vous le dire, à partir du moment où une directive européenne et une loi française exonèrent indirectement les patients, je ne vois vraiment pas pourquoi il faudrait qu'ils soient taxés ? Il est clair qu'imposer les soins comme un vulgaire produit de consommation courante paraît quelque peu déplacé et c'est sur ces objectifs que nous rejoignons certains Ostéopathes qui se sont défendus depuis plus de deux décennies pour que la T.V.A. ne soit pas appliquée à leurs soins. De plus, il n'y a aucune raison valable pour cela ! Nous savons qu'ils ont récemment obtenu gain de cause et nous voulons les féliciter de leur opiniâtreté à la cause des patients. Je tiens encore une fois à rendre hommage à ceux qui ont mené ce combat pour les malades, souvent dans l'ombre et l'abnégation la plus totale. De notre côté et je tiens à le souligner, le MILCT a même, au risque de contrarier, écrit à Bercy et à certaines directions fiscales pour aider des dossiers...

G.R. :
Néanmoins certains clament que ceux qui refusent de payer la T.V.A. jouent contre les Ostéopathes et l'ostéopathie ! Quel est votre point de vue?

Pierre-Yves Maignan : Tout cela me paraît complètement insensé, comment peut-on affirmer de telles inepties ? Sur ce point, la désinformation n'est pas acceptable ! Il y a parmi les Ostéopathes de grandes diversités d'origine : kinésithérapeutes, médecins, bacheliers, équivalences... Une fois de plus, le paiement de la T.V.A. ne doit pas et ne peut pas s'appliquer aux soins dispensés par les médicaux et paramédicaux. C'est la loi ! Je ne comprends pas comment on peut dans ce pays saturé de taxes en réclamer une supplémentaire ? La future réglementation précisera cela pour se conformer à la Sixième directive européenne. En attendant, je le répète, les patients doivent bénéficier de l'exonération légale pour les soins dispensés par tous les Ostéopathes et nous désirons nous battre à côté de ceux qui entament ce nouveau challenge pour l'égalité au sein de la profession. Cette T.V.A. est à mon sens un moyen de rallier tous les Ostéopathes sous une seule bannière : celle de la qualité des soins et de la sécurité des malades ; ensemble pour les patients, définissons la profession d'Ostéopathe comme une, autonome et indissociable et que les victoires acquises soient le carburant de celles à venir.

G.R. : Avez-vous un message à transmettre aux Ostéopathes et aux usagers de l'ostéopathie ?

Pierre-Yves Maignan : Une dernière chose qui me tient à cœur. Nous avons toujours soutenu à la fois les patients et les praticiens ostéopathes sérieux que nous recommandons. Nous avons fait un appel à la générosité des Ostéopathes pour soutenir l'action du MILCT. Nous avons eu très peu de retours et n'avons pas compris ce manque d'intérêt des professionnels pour la défense de la liberté thérapeutique prônée par le MILCT. Nous réitérons donc notre appel car nous avons impérativement besoin de fonds pour continuer notre action, la partie n'étant pas totalement gagnée ! Je m'adresse donc de nouveau aux praticiens et aux usagers de l'ostéopathie en leur demandant de bien vouloir nous soutenir par une cotisation qui sera déductible du bénéfice imposable pour les professionnels et des impôts à hauteur de 60 % pour les usagers. Soutenez-nous pour nous aider à continuer à défendre la liberté la plus importante à nos yeux : celle de choisir son système de santé. Merci à tous ceux qui œuvrent pour la santé et surtout pour la prévention santé et soyons certains qu'ils ne manqueront pas d'entendre notre message.

_______________

Nous remercions Pierre-Yves Maignan pour ces prises de position constructives et ses encouragements. Nous vous engageons à soutenir le MILCT, car au-delà de la simple reconnaissance du travail effectué pendant 25 années, en l'aidant à continuer son action, nous contribuons à aider les patients et les malades dans leur démarche vers le libre choix en matière de santé et vers la santé durable.

Guy Roulier D.O.

Comment soutenir l'action du MILCT : téléchargez ici le bulletin d'adhésion en format Word

MILCT 14, rue de la Pépinière 75008 PARIS